lundi 6 mars 2017

DIVINES de Houda Benyamina

FILM
Pour certains,c'est un énième film sur la banlieue,ses maux,ses tragédies individuelles,ses jeunes à la dérive,ses dealers....son horizon bouché,son désespoir...
En tout cas ,après la Caméra d'or,le film vient d'être récompensé aux Césars.Prix du meilleur espoir féminin et de la meilleure actrice dans un second rôle pour ce duo féminin au talent inouï.
Les César ne s'y sont pas trompés:le jeu des 2 jeunes filles est varié,inspiré,...d'une totale fraîcheur...
Elles passent aisément de la rage à la naïveté,leurs fous rires sont communicatifs,leurs doutes,leur envie de s'en sortir nous touchent.

mercredi 1 mars 2017

SUR LES CHEMINS NOIRS de Sylvain TESSON

LIVRE
Après avoir arpenté diverses contrées du globe,l'écrivain-voyageur décide de traverser la France du Sud Est vers le Nord Ouest en empruntant des sentiers répertoriés sur des cartes au 25.000ième.C'est le remède qu'il a choisi pour se rétablir après sa terrible chute d'il y a 2 ans.Une rééducation par la marche.Marcher pour se reconstituer,reprendre des forces,découvrir aussi le plus proche,son pays ravagé,abîmé par "l'hyper-ruralité".
Au fur et à mesure du voyage,les forces reviennent,la mécanique se rode,bonifie,s'optimise.
Ce corps en marche  redonne confiance à l'âme et améliore le moral.
L'écriture fine,subtile,souvent poétique est elle aussi au rendez-vous.
Exemple:"Mes nuits sous les jupes des arbres étaient des nuits de soleil."
Magnifique. 

mardi 28 février 2017

LA MÉCANIQUE DES FLUIDES de Lidia Yuknavitch

LIVRE
C'est l'an passé que ce roman a été évoqué à la Grande Librairie par une intervenante comme un  "livre qui a changé sa vie".J'en termine la lecture.
Un livre-choc,un livre qui arrache,qui décoiffe.
Chaque page est un cri de douleur,de rage... et de désespoir.
La romancière nous livre dans le désordre des bribes de sa vie déjantée:drames de l'enfance,relations amoureuses tumultueuses,carrière professionnelle mouvementée,expérience réconciliante de la maternité...
Nageuse performante,sa passion pour l'eau l'a sauvée et sans jeu de mots facile,tenue hors de l'eau,car ce que Lidia fait de mieux,c'est nager...et écrire.
Belle écriture,originale,forte,âpre aussi.
J'ai été frappée par un contraste entre une langue très crue,choquante par moments (il faut s'accrocher pour certaines descriptions) et une telle pudeur de sentiments.
Elle réussit ce tour de force de ne jamais en dire trop sur cette enfance marquée par un père abuseur et une mère alcoolique.C'est juste évoqué.
 

dimanche 5 février 2017

DANS LE JARDIN DE L'OGRE de Leïla SLIMANI

LIVRE

Ce n'est pas sans raison que Leïla SLIMANI a obtenu le Goncourt en 2016.
Quel que soit le sujet,son écriture est hypnotique,précise,percutante.Cette fois,c'est le portrait d'une femme addicte au sexe,incapable d'assumer ses tâches d'épouse et de mère,sans s'offrir des plans foireux,des rencontres hasardeuses,éphémères et surtout frustrantes.
C'est une vraie mécanique de l'amour qui la broie,la détruit... Elle se retrouve aspirée dans un tourbillon de mensonges,de bassesses,d'écœurements.
Comme dans "Chanson douce",la romancière nous parle d'un être à la dérive qui s'effondre,se disloque et laisse le lecteur interdit et pantelant.
C'est frontal,c'est cru,puissant surtout.


Pour ce sujet si délicat,il fallait une construction soignée du récit.C'est le cas.
L'histoire réserve en effet des surprises et s'achève sur une fin ouverte qui laisse totale liberté au lecteur.
Voici deux  extraits,preuves du style si maîtrisé: 

"Simone (la mère de l'héroïne) ouvre la porte,sa cigarette collée au coin des lèvres.Elle porte une robe portefeuille qu'elle a mal lacée et qui laisse entrevoir sa poitrine bronzée et sèche.Elle a les jambes fines et un ventre gras.Ses dents sont maculées de rouge à lèvres et Adèle ne peut s'empêcher de frotter sa langue contre les siennes en la voyant.Elle scrute les paquets de mascara bon marché qui collent aux cils de sa mère,note les traits de crayon bleus sur les paupières ridées."p84.


"Adèle a déchiré le monde. Elle a scié les pieds des meubles, elle a rayé les miroirs. elle a gâché le goût des choses. Les souvenirs, les promesses, tout cela ne vaut rien. Leur vie est une monnaie de singe. Richard a pour lui-même, encore plus que pour elle, un profond dégoût. Il voit tout d'un oeil nouveau, d'un oeil triste et sale. S'il ne disait rien peut-être que ça tiendrait quand même Qu'importe, au fond, les fondations pour lesquelles il a tant sué. Qu'importe la solidité de la vie, la sainte franchise et l'abominable transparence. Peut-être que s'il se tait, cela tiendra quand même. Il suffirait sans doute de fermer les yeux. Et de dormir."p150.


 


mardi 31 janvier 2017

BROOKLYN de John Crowley

FILM

Bon,je ne vais pas y aller par quatre chemins ....J'ai trouvé le film ennuyeux,lisse...,très lisse.
Le contexte des années 50 fait immanquablement songer au film Carol qui lui se distinguait par une grande originalité.
Ceux qui ont apprécié Brooklyn parlent d'une mise en scène sobre,d'un cinéma classique et d'une photographie très réussie...Ok.Tout ça est vrai,mais comme cette histoire d'immigrants est convenue,prévisible,sans grande surprise...
Un point sauve le film: l'exceptionnelle prestation de l'actrice principale,elle est lumineuse de bout en bout.Quel regard,quels yeux magnifiques,quelle retenue aussi dans son jeu si nuancé!!!
Cette actrice irlando-américaine s'appelle Ronan Saoirse,elle a joué dans de nombreux films,mais cette fois,elle est tout simplement éblouissante.

lundi 30 janvier 2017

THE REUNION de Ana Odell

FILM
 
Film fort,film interpellant,film "coup de poing" comme on dit.
Il ne peut laisser indifférent l'élève que nous avons tous et toutes été.
Une jeune femme intervient dans une "réunion" d'anciens pour clamer son désarroi, les souffrances endurées,les brimades... surtout,on l'ignorait,elle se sentait INVISIBLE,insignifiante,inexistante.On ne lui parlait pas,au mieux on lui lançait des injures.
Mais sa tentative pour comprendre ce passé douloureux,obtenir des explications reste vaine.
Impossible de renouer un dialogue,d'obtenir une once d'empathie... Rien,nada...
Les autres sont devenus des adultes figés,incapables de la moindre remise en question,juste préoccupés de s'autojustifier.
Je ne parlerai pas de l'originale construction du film qui en fait une totale SURPRISE....une réussite.C'est le premier long métrage d'Ana Odell qui joue son propre rôle.

Le film de 2014 a été récemment programmé sur la Trois.Bravo pour ce bon choix. 

                                               




SOUMISSION de Michel HOUELLEBECQ

LIVRE

Michel Onfray a récemment évoqué ce roman,en disant que ça se lisait "vitement" (l'adverbe existe bel et bien!).Je l'ai donc lu et terminé.
 
L'écrivain imagine une France gouvernée par un parti musulman qui a remporté l'élection présidentielle.Conséquence immédiate pour le héros:il perd son poste de professeur à la Sorbonne,mais s'en tire si pas avec les honneurs,en tout cas avec une coquette somme d'argent lui permettant de voir venir...
Le roman m'a plu,pas tant par cette projection dans un futur improbable mais par l'hommage rendu par Houellebecq à l'écrivain J.-K. Huysmans.
C'est là,à mes yeux,le véritable propos du roman dont la trame futuriste sert juste de faire-valoir.De nombreuses pages sont consacrées à cet écrivain,mi-naturaliste,mi-symboliste qui finit par se convertir à la religion catholique.Les références au personnage-phare de "A rebours",le sulfureux des Esseintes sont multiples.
Le personnage principal est à la fois hanté par Huysmans,interpellé par lui et admiratif de l'homme comme de l'oeuvre.Comme lui,il passe quelques jours dans une abbaye où il s'imprègne,imagine le vécu du maître.On le charge aussi de présenter les écrits de l'écrivain dans la collection de la Pleiade.

Un mot encore de l'écriture de Houellebecq,elle est légère,vaporeuse,limpide.Le récit,teinté d'humour se lit facilement.Je suis d'accord avec Onfray.
Houellebecq en une formule,c'est un peu:"Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple",mais cette simplicité ne sort pas de nulle part,elle résulte d'un travail,d'un artisanat intelligent...

Au début du livre,p13 et 14,magnifique éloge de la littérature,du lien particulier à l'auteur.
En voici un extrait:

"... Mais seule la LITTÉRATURE peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain,avec l'intégralité de cet esprit,ses faiblesses et ses grandeurs,ses limitations,ses petitesses,ses idées fixes,ses croyances;avec tout ce qui l'émeut,l'intéresse,l'excite ou lui répugne.
Seule la littérature peut vous permettre d'entrer en contact avec l'esprit d'un MORT, de manière plus directe,plus complète et plus profonde que ne le ferait même la conversation avec un ami,aussi profonde,aussi durable que soit une amitié...
... Alors bien entendu,lorsqu'il est question de littérature,la beauté du style,la musicalité des phrases ont leur importance;la profondeur de la réflexion de l'auteur,l'originalité de ses pensées ne sont pas à dédaigner;mais UN AUTEUR c'est avant tout un être humain,présent dans ses livres,qu'il écrive très bien ou très mal en définitive importe peu,l'essentiel est qu'il écrive et qu'il soit,effectivement,présent dans ses livres..."